Funérailles de grand-père

Grand-père est mort. Aujourd'hui ou hier, je ne sais pas. Cette fenêtre donne sur la maison à l'intérieur de laquelle il a rendu son dernier souffle avant un appel au repos dans les cieux. Cela, je le sais.

Grand-père est mort. Aujourd'hui ou hier, je ne sais pas. Avec ces deux phrases, j'emprunte l'essence de la vie telle que décrite par le romancier franco-algérien Albert Camus. Du moins, celle qu'il déploie d'un bout à l'autre de son roman, L'Étranger. La philosophie de l'absurde, comme on l'appelle. La vie peut en effet être absurde. Mais en réalité, grand-père est mort. Mère avait perdu son père quelques jours plus tôt ; et pourtant, j'étais là, me sentant engourdi pour la majeure partie. Elle entretenait un lien fort avec l'homme qui nous a quittés. Et je me sentais plutôt insensible à cette perte – jusqu'à ce que je l'appelle. « J'ai perdu mon père », s'est-elle écriée à deux reprises, d'une voix remplie de douleur et de chagrin, assez pour nous faire pleurer tous les deux, déraisonnablement. C'est à ce moment-là que je l'ai ressenti.
Dans la culture Bété, principalement présente dans l'ouest de la Côte d'Ivoire, il est de tradition pour les fils et filles endeuillés d'être lavés, puis enveloppés dans un tissu par la communauté, une fois le parent défunt enterré. Mère a également suivi ces rituels. Étant l'aînée, elle était aussi responsable de veiller à ce que tout se déroule comme prévu, presque à la perfection, en ce qui concerne l'organisation des funérailles et l'accueil de tous les amis et familles venus rendre hommage. La responsabilité qui lui était confiée était vitale, car les cérémonies d'enterrement sont manifestement importantes et très respectées pour la famille en deuil. Oui, grand-père a été enterré avec la dignité et le respect qui lui étaient dus.

L'occasion était doublement mémorable pour moi. Premièrement, pour avoir participé aux funérailles de mon dernier grand-parent ; et deuxièmement, pour être retourné sur mon lieu de naissance. Oui
je suis né ici même, dans ce village, juste derrière cette cuisine faite de bois et de terre. C'est sûrement symbolique du chemin parcouru, et de ce qu'il nous reste à accomplir avec suffisamment de passion, d'ambition et d'humilité. Mais ceci est mon chez-moi. Cette terre est là où je trouve la paix et la force de continuer à avancer. Où que je sois, où que j'aille, cette terre restera à jamais la seule chose véritable dans mon cœur.
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Fin
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Crédits
Photographie : Aristide Loua / Jean-Louis Loua
Production / Texte : Aristide Loua
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