Et après l’Abissa?


Et après l’Abissa? Une réflexion sur la culture, l’artisanat et le tourisme.

 

Ambiance festive, chaleureuse, tambours et pas de danse endiablée dans le sable d’Azzureti! Les maquillages faits à base de kaolin, des tenues traditionnelles ethniques, aux déguisements farfelus les plus excentriques, c’est la fête de fin d’année chez le peuple N’Zima du groupe Akan. Comme à un festival de la bière, toutes les cours familiales de la ville ouvrent leurs portes pour se transformer en maquis de circonstances. On danse à tous les coins de rue, au son de la fanfare autour du tambour sacré l’Edon’gbolé ou même devant le roi !

La ville de Bassam a vibré au rythme de l’Abissa durant une semaine dans ses rues sableuses aux décors historiques ! Célébrée depuis 3 siècle, dans cette ville classée patrimoine mondial de l’Unesco depuis juillet 2012, l’Abissa prône le pardon symbolique avant d’entrer dans la nouvelle année.

 L’ABISSA, une culture du pardon et de la démocratie pré-coloniale.

Ce qui fait la particularité de l’Abissa c’est qu’on se déguise pour critiquer dans l’humour, on profite pour en faire des railleries entres familles, entre peuple. Il y a sept familles, sept pagnes chaque année pour les (Alonwomba, Mafolè, N’Wavilè, Adahonlin, Ezohile, N’djuaffo ou Ahua, Azanwoulé) qui composent le peuple N’Zima parallèlement aux sept castes d’Égypte dont ils sont descendants.

ABISSA dans le groupe akan désigne un questionnement. Il s’agit donc de demander, de discuter, d’en savoir plus sur nos manquements respectifs car nul n’est parfait. On fait souvent de la peine à autrui sans s’en rendre compte, mais le temps n’efface pas toujours tout. C’est la raison pour laquelle, il est important d’en parler pour aller de l’avant. Alors, on s’assoit, on discute, on règle les différends, les frustrations. C’est ainsi que les vérités sont mises à nues et tout le monde y passe, même les cadres de la région, les notables et le roi lui-même. Chez nous les N’zima, on se dit la vérité et tout se règle, belle démocratie qui existait bien avant la colonisation. Tout le monde a droit à la parole, la coutume exige que les critiques soient formulées de façon respectueuse et toujours dans un bon esprit.

 

L’ABISSA étant célébré depuis plus de 3 siècles et cette fête n’était pas aussi populaire et commerciale, touristique qu’aujourd’hui. Elle était essentiellement constituée de rituels réservés aux autochtones, non ouverts à la population d’où cette réputation effrayante voire satanique. De ce fait, le mérite des cadres de la région qui ont su élever ce festival en patrimoine culturel important est à saluer . 

Un ABISSA commercial?

Si certaines entreprises comme Orange en profitent pour faire des beaux placements de produits subtils. On ne va pas se mentir Orange a le mérite de ne pas lésiner sur sa communication. Promouvoir avec des stands, des affiches des distributeurs de flyers en rollers, il est évident que cet engouement touristique et culturel ne doit pas être négligé notamment pour les artisans ! Dans un contexte de développement durable, il aurait été bien de soutenir les artisans également pour rajouter une valeur aux produits locaux, faits à la main qui valorisent notre culture.

L’artisanat un maillon essentiel pour l’économie de la culture.

Avec une amie, j’ai fait un tour avant la célébration sur l’ancienne route de Bassam afin de visiter, et échanger avec les artisans en bordure de route. Étant une amoureuse de l’art, l’artisanat suscitera toujours en moi un émerveillement indicible et je me suis posée pleins de questions. Plusieurs boutiques regorgeaient de magnifiques pièces liées à la culture africaine, j’ai eu de magnifiques échanges retranscris en photographies. Que de belles rencontres qui ont suscité en moi beaucoup de questionnements concernant le tourisme et l’artisanat en Côte d’Ivoire.

« Dans l’artisanat ou la gastronomie, on trouve trop peu d’initiatives africaines compétitives sur la durée, comme l’entreprise de pagnes tissés d’Aïssa Dione, au Sénégal, vendus auprès de grandes maisons de luxe comme Hermès. Les masques africains vendus sur les trottoirs de New York, ou l’art d’aéroport sur le continent représentent souvent un versant des moins qualitatifs de l’offre africaine » Martial Ze Belinga

Qu’est-ce qui a réellement été fait pour l’amélioration des conditions de vie et de travail des artisans?

Le développement de ces secteurs passe par la professionnalisation de ses acteurs de la Culture, de l’Artisanat et du Tourisme. Pour une réelle connaissance du marché, Il faudrait donc de véritables statistiques notamment par des cartes biométriques après un recensement effectif pour une restructuration décente.

Comment peut-on faire survivre l’inspiration créative culturelle et artistique ?

Peut-être en réhabilitant en créant des musées qui permettront de conserver le patrimoine culturel, aider au ressourcement continu des artisans.

L’importance de faciliter l’accès au financement. Il serait très intéressant de mettre en place des gammes de financement avec des objectifs définis notamment la visibilité numérique avec des boutiques en ligne pour assurer une certaine pérennité de sorte à ce que les artisans puissent bénéficier de l’exportation sur un marché international. Tout comme les matières premières, les matières culturelles doivent aussi s’exporter.

Fin
 Credits
Photography: Noella Elloh
Art Direction: Noella Elloh
Production / Text: Noella Elloh
Sources: Andre Silver Konan - Martial Ze Balinga
All courtesy of Noella Elloh for Kente Gentlemen L.L.C. All rights reserved.

Leave a comment


Please note, comments must be approved before they are published